Troisième dimanche de Pâques (Année A)
Il nous faut suivre avec attention le chemin de ces deux disciples qui retournent dans leur village le soir de Pâques. Ces deux hommes ne représentent-ils pas de quelque façon notre pauvre humanité sur le chemin de son histoire ? Ils sont une figure de chacune de nos propres vies.
On pourrait dire que ces deux hommes sont des déçus de Jésus. Ils ont cru en lui. Ils ont cru qu’il allait rétablir le royaume d’Israël. Et cela n’est pas arrivé. Est-ce qu’il ne nous arrive pas parfois de penser que Jésus peut tout arranger ? Peut-être sommes-nous, nous aussi parfois, des déçus de Jésus. Il n’a pas fait ce que nous attendions. Alors, nous avons besoin, nous aussi, que nos yeux, nos esprits et nos cœurs s’ouvrent pour découvrir ce que Jésus peut faire dans l’histoire des hommes.
Tandis que nous cheminons sur cette longue route de l’histoire, il y a au milieu de nous quelqu’un qui marche avec nous, que nous ne connaissons pas, il y a un compagnon de route que nous n’avons pas identifié et qui va ouvrir nos yeux, nos cÅ“urs et nos esprits. “De quoi parlez-vous donc en chemin ? Quels sont les sujets qui vous préoccupent ? etc…” Les disciples racontent à Jésus qu’il est le seul à Jérusalem à ne pas savoir ce qui est advenu à “Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple, comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ ont crucifié.”. Et tout est fini !
Alors, Jésus va mettre en œuvre trois moyens pour faire rentrer dans le champ de leur perception la réalité de la résurrection.
1-Il va d’abord reprendre tout ce qui était annoncé de lui, dans la Loi et les Prophètes. Repassant avec eux tous ces épisodes, peu à peu, il leur dévoile le sens des évènements dont ils ont été témoins à Jérusalem. Sans doute cette évocation, touche-t-elle quelque chose en eux, puisqu’ils diront plus tard : “Notre cÅ“ur n’était-t-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Ecritures ?”
2- Mais cette évocation de la première Alliance, ne suffit pas encore à éclairer la réalité. Il faut un deuxième signe qui va être donné à ces deux hommes dans l’auberge. “Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et l’ayant rompu il le leur donna.”. C’est ce que Jésus a fait le Jeudi Saint lors du dernier repas. À ce signe, ils comprennent que celui qui leur partage le pain dans l’auberge est le même que celui qui le leur a partagé lors de la Cène. “Alors leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent.”
3- Il faut alors un troisième moyen que Cléophas et son compagnon vont découvrir en revenant à Jérusalem dans le groupe des Apôtres pour partager leur expérience. L’Évangile nous précise que ce ne sont pas les premiers à parler. Ce sont les apôtres qui leur annoncent que le Christ ressuscité est apparu à Simon Pierre. C’est ce témoignage des Apôtres, ce témoignage apostolique qui vient corroborer, non seulement l’éclairage biblique que Jésus leur a donné en chemin, non seulement le signe du pain partagé qui évoque pour nous l’Eucharistie, mais encore la réalité de la résurrection du Christ, apparu vivant au milieu des siens : “Le seigneur est réellement ressuscité. Il est apparu à Simon Pierre.”
Notre humanité a besoin de ces trois moyens. Elle a besoin de l’annonce prophétique de l’Ancien Testament qui trouve son accomplissement dans la personne de Jésus. Elle a besoin du partage eucharistique, sacrement de la présence vivante du Christ. Elle a besoin du témoignage apostolique pour entendre annoncer la Bonne Nouvelle de la Résurrection.
Demeurons dans la joie de la rencontre du Christ et de cette certitude : les hommes ne marchent pas en vain ou long de l’histoire. Le Christ est présent à côté d’eux. Que cette présence du Christ soit un réconfort et une force pour chacun de nous. Et devenons-en les témoins pour nos frères.
Amen !