Au bord du puits (8 mars – 3e dimanche de CarĂªme)

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Nous sommes dĂ©jĂ  au troisième dimanche de CarĂªme. Le chemin avance, parfois sans qu’on s’en aperçoive vraiment, entre les obligations du quotidien et la fatigue de la semaine. Les bonnes rĂ©solutions du mercredi des Cendres se sont peut-Ăªtre un peu effacĂ©es. C’est humain. Le dĂ©sert n’est pas un lieu de performance spirituelle. C’est un lieu oĂ¹ l’on finit par se voir tel qu’on est.

Et la liturgie, avec cette prĂ©cision qui lui est propre, nous place aujourd’hui au bord d’un puits. Il est midi. JĂ©sus est assis, fatiguĂ© par la route, dĂ©tail rare dans les Ă©vangiles, et qui touche : le Fils de Dieu a soif, a chaud, s’arrĂªte. Une femme arrive. Seule, Ă  une heure oĂ¹ personne ne vient d’habitude. On devine pourquoi : elle prĂ©fère la chaleur du midi Ă  la froideur des regards. JĂ©sus lui dit simplement : « Donne-moi Ă  boire. » Une demande vraie, dĂ©sarmante. Et dans cette demande se cache quelque chose d’Ă©tonnant : celui qui n’a pas de seau est prĂ©cisĂ©ment celui qui offre l’eau vive. Celui qui demande est celui qui donne. « Si tu connaissais le don de Dieu… »

La conversation qui suit est lente, vivante, pleine de malentendus et de retournements, exactement comme nos propres chemins vers la foi. La femme résiste, questionne, dévie sur les vieilles querelles religieuses entre Juifs et Samaritains. Et Jésus reste là, patient, sans jamais la juger pour sa vie compliquée. Il la regarde en face, lui dit la vérité, une vérité qui libère, qui ouvre, qui donne envie de courir au village pour dire aux autres : venez voir.

Ce dimanche, dans de nombreuses communautĂ©s, les catĂ©chumènes vivent le premier scrutin. Le Rituel de l’Initiation ChrĂ©tienne des Adultes dit de ce rite qu’il aide Ă  « dĂ©couvrir en soi-mĂªme ce qui est faible, malade ou pas encore sain, et ce qui est droit, fort et bon ». Comme la Samaritaine, ils s’approchent d’un puits et dĂ©couvrent que Quelqu’un les attendait dĂ©jĂ , depuis longtemps. L’eau vive que JĂ©sus promet, c’est une source qui naĂ®t au-dedans, qui jaillit mĂªme dans la sĂ©cheresse, qui ne s’Ă©puise pas. C’est prĂ©cisĂ©ment ce que le CarĂªme cherche Ă  rouvrir en nous, doucement, semaine après semaine.

Alors, en ce dimanche, une seule question mĂ©rite d’Ăªtre posĂ©e avec honnĂªtetĂ© : quelle soif est-ce que je porte vraiment, en ce moment, au bord de ce puits ?

Père Marco Gallo

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